La Forêt de Cristal

LA FORÊT DE CRISTAL

Nuit Blanche Show Your Frasq 4 octobre 2019
Nuit Blanche Show Your Frasq 4 octobre 2019
Nuit Blanche Show Your Frasq 4 octobre 2019

Mise en scène: Biño Sauitzvy

Avec la création et performance des apprentis CFA de l'Académie Fratellini : Camille Bontout, Gal Zdafee, Anniina Peltovako, Rémi Bolard, Riccardo Pedri, Valentino Martinetti.


Biño Sauitzvy crée la performance « La Forêt de Cristal » pour la Nuit Blanche 2019 au Générateur à Gentilly. Pour cette performance, il met en scène des circassiens issus de l'Académie Fratellini et compose un poème visuel sous forme d'une forêt imaginaire constituée par des corps humains.


Le devenir plante, animal et minéral sert comme base de cette métamorphose continue, de cette forêt hybride dans laquelle rien ne s'installe ni se fige, où toutes les espèces bougent et co-existent dans une autre temporalité, tout en communiquant entre elles. Et cela dans un système d'interdépendance et collaboration.


La Forêt de Cristal est ainsi une écriture collective de corps-paysages, une pratique de la collaboration pour la construction d'un espace-temps esthétique, comme une métaphore d'un nouveau départ, d'une nouvelle possibilité d'être.


Cette forêt imaginaire est une hétérotopie, composée par des habitants qui sont à la fois mi-humains, animaux, végétaux, minéraux, mais aussi des montagnes, neige, rivière, vent, pluie, terre, chair, son...


C'est une danse d'images vivantes, une installation pour des cheveux, des jambes à l'envers, des entassements et compositions de corps hybrides, du vent, du souffle et de la respiration, de l'eau, des ombres et des lumières, du vide, de la vie dans ces différentes possibilités d'existence et d'expression. Ce sont des corps/paysages, des images contemplatives faites de bouts du corps et d'objets quotidiens.


Fortement inspirés du Zen, nous créons ici des espaces, des tableaux, des danses sans danse, du théâtre du silence, pour la contemplation. Comme dans le Nô ou le butô, les mouvements insignifiants en apparence, reflètent un état plus proche de la nature que celui de la pensée et de la dramaturgie occidentale.


Dans cette Forêt de Cristal nous ne racontons pas une histoire, mais plutôt composons des images en mouvement, des moyens, des chemins entre l'art et la nature, des formes en incessante métamorphose qui puissent, par son apparente immobilité, donner une infinité d'aspects particuliers successifs. L'espace n'est donc pas rempli, ni séparé de l'individu, il ne l'entoure pas, ni le contient. Il est une seule chose avec l'individu. C'est cette unité qui nous cherchons ici, à travers le jeu entre les vides et le tourbillon qui entraîne l'existence même, l'être à l'intérieur et l'extérieur à la fois, comme un enfant, comme un clown.


Dans ces espace-temps constitués des corps-paysages, il s'agit de créer une résistance contre les vitesses et contraintes de l'action et de la production de la contemporanéité pour retrouver une nostalgie secrète. Comme dans le Zen, faire un avec la nature perdue et devenir le roc et la forêt, comme la fleur et le fruit, comme les intempéries et l'ouragan.


Il s'agit également de reprendre en sens inverse le chemin qui, au milieu de mille angoisses et mille tourments, s'est démasqué aux yeux humains comme ne menant nulle part, de se dépouiller de tout ce qui promettait d'amener l'homme à lui-même.


Les êtres de cette Forêt de Cristal sont marqués par le monde, dans leur existence, d'une empreinte incomparable par les corps imposés. Pour cela même, dans leurs corps morcelés, ils cherchent à retrouver l'unité avec la nature et son double pour éviter leur disparition. Ils se trouvent dans l'ensemble deleuzien et sont saisis par le regard dans des paysages, des champs avec des fleurs, des troupeaux, des groupes d'hommes, d'insectes. Dans cet ensemble, dans cette forêt on voie toujours les arbres, mais aussi leur contenu réel, le détail particulier, le caractère permanent du tout. Cette vision de l'être doit représenter le monde lui-même, des espaces vides et en dernier lieu l'espace infini, et par là élargir la puissance de visualisation. Ils respirent et sont respirés.


La contemplation exige alors un exercice de tous les sens, au-delà de la vision, l'ouïe, l'odorat, le toucher. Laisser défiler des images en spectateur indifférent, en observateur, jusqu'à l'ennui, jusqu'au dépassement de la rationalisation pour n'en faire qu’un, faire avec, être avec. Par là nous recherchons un silence qui respire, une nouvelle conscience, une nouvelle perception. Dans le Zen, c'est dans ce stade là qu'il peut se produire quelque chose, que l'événement apparaît, soudainement, brusquement, comme un appel, un fort bruit des particules rebelles, une rupture avec l'ordre établie, un tremblement.


Et c'est cela même la vision, voir les choses autrement, se transformer soi-même.


La Forêt de Cristal: https://legenerateur.com/spectacle/nuit-blanche/


Photos : Bernard Bousquet